Lorsqu'on regarde La chambre détruite, photographié par Jeff Wall, notre première réaction est d'imaginer ce qui s'est produit pour que la pièce soit dans cet état. Des vêtements, apparemment ceux d'une femme, ont été jetés ça et là. Une multitude de bijoux tapisse également le sol. A droite, une table renversée. Au fond, à gauche les tiroirs de l'armoire dégueulent. Le mur est déchiré. Le matelas aussi. Une seule déchirure mais elle est franche. Nul doute. On est en présence d'un acte volontaire. On peut supposer un cambriolage violent ou une bagarre. Comme beaucoup de photographies de Jeff Wall, celle-ci laisse au spectateur une grande liberté d'interprétation. En réalité, il s'agit d'une mise en scène. La chambre détruite a été fabriqué en studio. Chaque élements qui la constitue a été disposé de façon réfléchie.

	Jeff Wall s'est inspiré du tableau La mort de Sardanapale, de Delacroix. Il met en scène le suicide du roi Sardanapale et le meurtre de ses femmes par ses officiers pour ne pas que l'ennemi ne lui les vole. Delacroix peint la scène en composant un espace abstrait dans lequel il réunit personnages, chevaux et autres éléments de décor qui s'entremêlent. Pour La chambre détruite comme pour La mort de Sardanapale on est en présence d'un désordre calculé, agencé, qui créé un faux espace. Dans le tableaux de Delacroix, les corps dépassent du cadre, comme pour montrer qu'il y a un hors-champ. Delacroix tente donc de s'approcher de l'effet obtenue aujourd'hui par une photographie. Jeff Wall quant à lui, place des éléments qui viennent contredire la spontanéité du désordre. En effet, une statuette posée sur l'armoire semble avoir survécue au carnage et une chaussure est placée debout à côté du matelas déchiré au milieu d'une petite zone déserte. Par ailleurs, l'ouverture qui est à gauche n'a pas de porte. D'une certaine façon Jeff Wall détourne la finalité du médium photographique.